12.03.2011
Trois questions à Nicholas Carr...
Le Blog de la Semaine Digitale a interviewé Nicholas Carr au sujet de sa vision d'Internet, ses mutations, et ce qu'il change dans nos esprits.
Nicholas Carr, pouvez vous nous parler de l'origine de vos réflexions au sujet de l'Internet, les indices ou les épisodes qui vous ont amené à écrire “The Shallows” ?
Le livre a été inspiré par mon expérience personnelle. Depuis que j'ai acheté mon premier ordinateur personnel en 1986, j'ai été un utilisateur intensif des ordinateurs, des services en ligne et, pendant les 15 dernières années, de l'Internet. Ce que j'ai commencé à constater en 2007, cependant, c'est que j'étais en train de perdre ma capacité à me concentrer, à filtrer les distractions et à me focaliser sur un seul fil de pensée pendant une longue période de temps. Je me suis rendu compte que mon esprit voulait se comporter comme il se comporte quand je suis en ligne : en cliquant sur des liens, en faisant des sauts d'un document à l'autre, en recherchant des mots clés sur Google, en échangeant de brefs messages, en suivant des alertes et ainsi de suite. Cette expérience, qui était dérangeante pour moi, m'a amené à exporer à la fois les effets de la technologie sur la pensée humaine et les récentes preuves scientifiques de la façon dont le cerveau s'adapte pour l'utilisation d'outils. "The Shallows" explore ces deux lignes de recherche.
Dans ce livre, vous parlez d'une crise de votre capacité à vous concentrer sur des tâches profondes. Quand ce phénomène a-t-il vraiment débuté selon vous ?
Je pense que les êtres humains ont toujours combattu pour contrôler leur attention et leurs pensées. Notre mouvement naturel est de rapidement passer d'un centre d'intérêt à l'autre, de suivre les stimuli que nous envoie l'environnement autour de nous. Ce que font Internet et les autres médias numériques, c'est qu'ils amplifient énormément les distractions de l'environnement, à longueur de journée, et nous gardent dans un état d'interruption perpétuelle. Dans le même temps, l'Internet ne nous propose que peu d'opportunités ou d'encouragements à nous investir dans un mode d'attention plus profond, plus attentif, tel que la contemplation, la réflexion ou l'introspection. Alors que nous nous adaptons à ce nouvel environnement technologique, nous nous entraînons à devenir des scanners, des être multitâches mais nous y perdons notre manière de penser plus profonde.
Dans votre livre, vous tracez une ligne claire entre deux modes de lecture : "scanner/naviguer" et "se concentrer". Quel est l'impact de l'Internet sur chacun d'eux ?
Le livre imprimé et l'Internet sont deux technologies puissantes pour distribuer l'écrit mais il semble pourtant difficile d'imaginer deux outils plus différents dans la façon dont ils encouragent la lecture. En tant que technologie, le livre concentre notre attention, nous isole des distractions qui remplissent nos vies quotidiennes. Il encourage ce type de lecture profonde, immersive, qui crée ce type de lien intellectuel et émotionnel profond entre le lecteur et l'auteur. L'ordinateur en réseau fait l'opposé. Il est conçu pour éparpiller notre attention. Il ne nous protège pas des distractions de l'environnement ; il en rajoute. Les mots sur un écran d'ordinateur se présentent comme un fatras de stimuli en compétition les uns avec les autres. Le résultat, c'est que la lecture devient plus superficielle et est focalisée sur le décodage rapide du texte. Pour le dire simplement, un livre promeut une lecture calme et concentrée. Internet promeut une pensée cursive et distraite. Au fur et à mesure que nous passons du monde de la page au monde de l'écran, nous entraînons notre cerveau à être rapide, mais peu profond.
Nicholas Carr, merci beaucoup et rendez vous pendant la Semaine Digitale, le 21 mars...
10:52 Publié dans Pause ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : carr, critique |












Les commentaires sont fermés.